Le renversement des pôles

roman

C’est avec une drôlerie acide et un véritable talent d’entomologiste que Nathalie Côte étudie, le temps d’un été, un spécimen d’un genre particulier : le couple en vacances. Les Bourdon et les Laforêt ont loué deux appartements voisins dans une résidence avec piscine en bord de mer. Chacun est arrivé avec la même envie : consacrer ce temps béni aux enfants, au repos, aux projets. Et tous sont rattrapés par leurs obsessions propres : fuir un mari ennuyeux, gagner vite plus d’argent, faire oublier qu’on a pris dix kilos, faire semblant que tout va bien. Passée l’euphorie de l’échappée belle, ils ne tarderont pas à découvrir que changer de vie a un prix, que la liberté exige du souffle et qu’elle ne s’achète jamais à bon compte.

L’amour a ceci de commun avec les chambres à air qu’il éclate sans prévenir quand il ne fuit pas sournoisement. Quelle que soit l’option retenue par le destin, la course prend fin dans le talus sous l’œil perplexe des vaches campées derrière leur clôture tordue. Débarrassé de ce présupposé romanesque, l’infortuné trouvera dans la télévision, le bricolage ou le single malt des compensations très valables. Il peut aussi préférer la culture des orchidées ou l’observation des libellules demoiselles au 105 mm. Tout le monde vous le dira, la macrophotographie est une source d’émerveillement sans douleur, du moins en apparence, car une fois le matériel replié, la contemplation laisse place au combat entre par- tisans et adversaires de la révolution numérique. Semant la discorde partout où elle passe, elle signe le règne d’un monde nouveau où les commandes « delete » et « undo » effacent la distinction entre le geste du maître et la gaucherie du débutant. Il suffit d’appuyer sur une touche et de retenter sa chance, comme à la loterie.

Parution le 19 août 2015
192 pages – 16 euros – 9782081370548